Opéra médiéval
En rue ou en salle
À partir de 14 ans
FALAISE
Le procès du cochon
Falaise interroge le rapport des hommes à leurs propres langages, aux notions de différence et de vivre ensemble, et aux grands impensés de notre société que sont la spiritualité et le droit.
Un fait divers médiéval...
À la fin du Moyen-Âge, alors que le droit fait office de nouvelle mode, Une truie dévore un enfant dans les faubourgs de Falaise. Mais le drame tourne à la farce lorsque les parents frénétiques de l’enfant réclament à un Vicomte, pleutre, un procès en bonne et due forme. Une horde de villageois vindicatifs, des avocats intrigants et retors, un prêtre en colère et des hommes de pouvoir prêts à tout pour le conserver : les tréteaux d’une scène absurde sont ainsi dressés pour que la truie marque, bien malgré elle, l’histoire de la ville !
… aux résonances contemporaines
Falaise interroge le rapport des hommes à leurs propres langages, aux notions de différence et de vivre ensemble, et aux grands impensés de notre société que sont la spiritualité et le droit. Si le procès est, finalement, un moment de théâtre comme un autre, les personnages loufoques et hauts en couleur de Falaise montrent comment, lorsque chacun défend ses intérêts propres, une société peut en arriver à oublier toute raison.
À la frontière entre le théâtre de l’absurde, le concert et la farce de tréteaux, Falaise invite le spectateur à une immersion dans un Moyen-Âge fantaisiste mais très proche de nous, où les luttes des hommes de pouvoir prennent des formes étrangement contemporaines.
La musique
La messe de Nostre Dame - Guillaume de Machaut
En articulant Falaise autour d'une messe, nous souhaitions que la musique souligne sa dimension de grand rituel social.
Composée entre 1360 et 1365, la Messe de Nostre Dame est considérée comme la première messe polyphonique complète écrite par un seul autour. Ses harmonies, annonçant déjà le goût des dissonances, et ses rythmes complexes en font un objet avant-gardiste, hors du temps, source d'inspiration pour bon nombre de compositeurs plus proches de notre époque comme Igor Stravinsky ou Pierre Boulez. Cette écriture se prête aisément au symbolisme et aux légers anachronismes des tableaux de Falaise qui lui sont associés.
Nous proposons donc comme fil musical notre lecture de cette œuvre en soulignant son modernisme par l'utilisation d'instruments du XXIème siècle. Flûtes, accordéons, percussions, guitare et basse électriques viendront colorer de manière puissante et originale ce chef-d'œuvre de l'Ars Nova. À cela s'ajoutent quelques chansons de Guillaume de Machaut, de Clément Janequin et de Guillaume de Boni qui viennent souligner et éclairer certains moments forts de la pièce.
Texte
Clément Kalsa
Mise en scène
Édouard Monjanel
Musiques
Guillaume de Machaut
Clément Jannequin
Guillaume de Boni
Avec
Laure Petit
Laure Molter
Barbara Lenormand
Élise Martineau
Marine Delagarde
Axelle Corteel
Anne Isambert
Léo Guillou-Kérédan
Édouard Monjanel
Paul Campana,
Balthazar Serna
Gilles Noulin
Maxime Saïu
Jules Baron
Décors
Florentin Jeanneau
Le mot de l’auteur
Dans le cadre de mes recherches universitaires, j’ai découvert ce procès surréaliste d’une truie homicide. Malgré la force symbolique du sujet, j’ai également constaté que peu de travaux y ont été consacrés, peut-être parce qu’il touche justement aux limites de ce que nous pouvons dire de nous-mêmes. L’émergence puis le développement exponentiel des doctrines juridiques a transformé au cours du temps la conception occidentale de la politique. Sous l’influence du droit, celle-ci est devenue technique, processus applicable et reproductible partout, à condition bien sûr que l’on considère les hommes qu’elle entend gouverner comme des individus normés, standardisés. Cette pensée politique visant à gouverner les hommes comme on gouverne les machines se heurte à un obstacle de taille : le langage, qui par son ambivalence est tout à fois la meilleure arme de ce nouveau type de gouvernement, mais aussi le seul moyen de résistance que possède l’homme face à cette standardisation : le seul moyen qu’il a d’exprimer l’indicible, l’inconscient, l’irrationnel, l’humain finalement.
En racontant cette histoire, j’ai souhaité montrer comment le langage se met en scène dans l’espace de la communauté politique, comment les langages — du droit, de la politique, de la théologie — mettent en scène des passions simplement humaines et tentent, en les formalisant, en les rationalisant, de leur donner une couleur raisonnable.



